Affaire Théry : antisémitisme ou mccarthysme ?

Le 20 septembre 2025, l’historien Julien Théry publiait dans un post Facebook sur son groupe « La Grande H. : Histoire & idées » la liste des 20 signataires d’une lettre ouverte à Emmanuel Macron publiée la veille dans Le Figaro. Ces personnalités (parmi lesquelles des acteur·ice·s comme Charlotte Gainsbourg ou Philippe Torreton, des comiques troupiers comme BHL ou Raphaël Enthoven…) demandaient  d’exiger au préalable la libération de tous les otages retenus à Gaza et le démantèlement du Hamas.

Julien Théry relayait par sa publication une analyse parlant de « lettre de la honte » et l’introduisait par ces mots : « 20 génocidaires à boycotter en toute circonstance », suivis de la liste des signataires, qui avait été exposée publiquement dans la publication du Figaro.

Rien d’antisémite en réalité dans cette publication de Théry qui ne fait nullement mention de la judéité de certain·e·s signataires. Mais il est étonnant qu’un historien n’ait pas anticipé l’effet que pourrait susciter la publication d’une liste en majorité constituée de personnalités juives.
Sur le fond du propos, il est peut-être contestable aussi de qualifier de « génocidaires » des personnes tenant, certes, une position critiquable sur la reconnaissance de l’Etat palestinien mais n’appelant pas non plus à poursuivre le massacre de la population palestinienne. Le qualificatif peut paraître excessif. Toutefois, il est possible aussi de considérer que tergiverser avec des préalables sur la reconnaissance de l’Etat palestinien à l’heure où le génocide se poursuivait sans trêve revenait à fermer a minima les yeux sur celui-ci. L’autrice du post relayé par Théry, Sophie Tregan, affirmait d’ailleurs : « quand on conditionne la reconnaissance d’un État à la libération de 49 otages au mépris de la vie de plus de 1,5 million de personnes en proie à un génocide, c’est ni plus ni moins qu’une hiérarchisation des vies humaines selon leur origine ethnique, du suprémacisme. »

Qualifier de meurtriers des gens qu’on considère à tort ou à raison comme complices objectifs d’un meurtre est un classique du débat politique.
L’appel au boycott, dans ce cas d’espèce, est cela dit assez saugrenu : autant boycotter Israël et ses entreprises dans l’objectif d’obtenir l’arrêt du génocide à Gaza et de la colonisation en Cisjordanie peut avoir du sens, autant boycotter quelques personnalités françaises semble de peu d’intérêt. Pas sûr par exemple que les membres du groupe Facebook de Julien Théry soient des aficionados de BHL ou Enthoven. Par conséquent, ils n’ont rien à boycotter.

Julien Théry a un usage particulièrement intense des réseaux sociaux, principalement Facebook ou Twitter/X (qu’il a remplacé par Bluesky). Par exemple, pour la seule journée du 20 septembre 2025, il a posté pas moins de 14 fois sur son compte Facebook personnel en plus du relais de « la liste » postée dans son groupe Facebook. Un rythme si intense de publications laisse sans doute peu de place à l’anticipation, à la vérification des sources, au recul réflexif et à la prise de précautions.
Beaucoup d’internautes usent de la même manière des réseaux sociaux qui sont calibrés pour susciter un usage compulsif et même addictif. Qu’un prof d’université politiquement engagé et exposé au public par sa collaboration à la chaîne Le Média TV s’y adonne de cette manière est sans doute imprudent, mais pas extraordinaire, même si l’on peut lui conseiller à l’avenir de poster des photos de chats mignons plutôt que des listes de Juifs « à boycotter ».

L’affaire aurait pu en rester là : avec 200 likes, 80 partages, et 306 commentaires, Théry avait obtenu une petite résonance dans sa communauté d’abonné·e·s, et énervé quelques ennemis politiques, pour le plus grand bonheur de Mark Zuckerberg et de ses clients avides d’engagement pour profiler les internautes et leur refourguer des publicités ciblées.

Mais deux mois plus tard, le 21 novembre, après que Théry avait cette fois publié sur le site Hors-Série un article reprenant une thèse controversée de son dernier ouvrage selon laquelle « l’antisémitisme de gauche » serait une « fake news », la LICRA donnait une autre dimension à l’affaire en publiant sur X une capture d’écran du post de Théry (sans mention de l’article relayé, donc laissant croire qu’il avait lui-même dressé une liste), présenté ainsi :

« On peut être professeur d’Histoire d’université, se croire progressiste, et faire des listes comme on en faisait sous l’Occupation. L’appel au boycott de personnes physiques, c’est de la provocation à la discrimination et à la violence. La Licra dénonce cette attitude ignominieuse et se tient à la disposition de chacune des personnes diffamées pour les assister en justice. »

Bien que Théry n’ait établi lui-même aucune liste, et n’ait en aucun cas sélectionné des Juifs pour les cibler en tant quel tels, bien qu’il n’ait marqué dans aucune de ses publications une quelconque complaisance avec la politique antisémite du régime de Vichy, la LICRA franchissait ainsi un point Godwin avec une allusion à l’Occupation, là où Théry ne faisait que critiquer les 20 personnalités sur leur position concernant la reconnaissance de l’Etat palestinien en 2025. Ce faisant, la LICRA contribuait à entretenir une criminalisation du soutien au peuple palestinien qui relève d’un véritable maccarthysme, nombre de syndicalistes et politiciens ayant ces dernières années été victimes de campagnes de haine et poursuivis abusivement en justice pour cette raison par des organisations soutenant le régime israélien d’extrême-droite. La LICRA sort de fait de sa mission antiraciste pour se faire l’instrument de la propagande pro-israélienne, se proposant même d’assister en justice des personnalités qui n’ont pas subi d’attaque à caractère raciste ou antisémite dans le cas évoqué, mais qui étaient critiquées pour leur manque de solidarité avec le peuple palestinien et leur absence de critique appuyée du colonialisme israélien. L’appel au boycott de Théry, aussi hors de propos qu’il ait été, ne constituait pas un appel à la violence : Charlotte Gainsbourg ne subira aucune atteinte physique si les lecteurs de Théry ne vont pas voir ses films, pas plus que Joann Sfar ne sera discriminé en tant que juif si des abonné·e·s de Théry n’achètent pas ses albums de bande dessinée. A la maladresse initiale de Théry, la LICRA répond donc par une outrance confusionniste qui ne peut que nuire à la lutte contre le véritable antisémitisme.

Quelques heures après que le compte X « Marcel Samba » avait déniché le 1er décembre un autre post problématique de Théry sur Facebook, l’UNI, syndicat d’extrême-droite, reprenait en effet la trouvaille à son compte et profitait de l’occasion pour réclamer des mesures contre Théry rebaptisé « antisémite notoire » :

Tweet de l'UNI

Le même syndicat faf qui prétend ne rien vouloir laisser passer voyait pourtant ses membres strasbourgois laisser passer il y a peu des trucs de gros nazis, selon Médiapart :

« Josselin, ancien membre du syndicat, a été exclu à vie de l’université de Strasbourg pour un salut nazi, le 31 mars 2025. Ce même jour, le président de l’UNI Strasbourg, Samy Amokrane, a été exclu pendant un an pour avoir créé des photomontages antisémites et sexistes sur lesquels il se mettait en scène, de même que ses camarades du syndicat étudiant.

Et fin juillet 2025, c’est un ancien cadre du syndicat étudiant qui a été sanctionné. Vivien Boresy, étudiant en histoire, vice-président de l’UNI Strasbourg et attaché parlementaire de l’eurodéputée Rassemblement national (RN) Mathilde Androuët au moment des faits, a été exclu pour deux ans de tout établissement public d’enseignement supérieur. »

Deux jours plus tard, le 3 décembre, l’université Lyon 2 prononçait la suspension de l’historien en attendant de statuer sur d’éventuelles sanctions, donnant ainsi pleine satisfaction aux nazillons de l’UNI. Il n’est pas certain que la lutte contre l’antisémitisme y gagne quelque chose.

Pour autant, si la suspension semble abusive, le mème reposté par Théry en janvier 2024 et brandi par l’UNI puis abondamment relayé dans la presse est bien problématique, par les clichés antisémites qu’il met en avant : la métaphore d’Israël volant la Palestine est ici incarnée par un Juif identifié par une kippa aux couleurs d’Israël mais aussi par une énorme étoile jaune rappelant celle imposée aux Juifs par les nazis durant l’Occupation. On peut certes voir une indignation surjouée dans les réactions de ceux qui ont affirmé voir sur le personnage un nez crochu typique des clichés antisémites, mais il n’en reste pas moins que le cliché du « Juif voleur » identifié par l’étoile jaune est calamiteux, et qu’un historien n’ait pas immédiatement perçu le problème et ait relayé un tel visuel est au mieux le signe d’un singulier manque de discernement.

Théry, le jour-même de sa suspension, avait pris soin de rectifier le tir en contextualisant le mème (relayé quelques mois après que l’ambassadeur d’Israël avait lui-même exhibé l’étoile jaune de façon indécente à l’ONU), et en reconnaissant que c’était néanmoins une faute de l’avoir posté et de ne pas avoir perçu sur le moment son potentiel antisémite.

Post de Théry sur Facebook

Le compte antifasciste libertaire « No Pasaran« , entre autres, a alors exhibé d’autres posts problématiques sur le compte Facebook de Théry ou dans son groupe « La Grande H ». Théry a en effet également relayé une photo d’une page de livre non identifié développant une métaphore de la colonisation sioniste en Palestine. Problème : ce texte (qui ne contient pas de propos antisémites) était en fait signé de Marc-Edouard Nabe, provocateur antisémite, homophobe et confusionniste. Théry a aussi relayé une vidéo d’un sketch au contenu pro-palestinien anodin, mais relayée à partir du compte Facebook de Paul-Eric Blanrue, auteur d’extrême-droite négationniste.

Pour couronner le tout, il est apparu que le groupe Facebook « La Grande H » n’était pas modéré depuis des mois et que des contenus antisémites (Soral, Garaudy…) y avaient été postés et y étaient restés longtemps.

Négliger de modérer un groupe Facebook de plus de 5000 membres avec des publications quotidiennes, relayer soi-même compulsivement des publications sans en vérifier la source ni songer aux effets possibles hors contexte de certaines images, c’est dans tous les cas particulièrement imprudent, et quiconque connaît un peu l’histoire (ce qui est le cas de Théry, normalement), sait que certaines luttes peuvent être investies par des gens égarés politiquement, voire infiltrées par des fascistes. Un historien, tout médiéviste soit-il, qui a prétendu écrire sur l’antisémitisme moderne, devrait savoir que des antisémites obsessionnels comme Soral et Dieudonné ont tenté de préempter la cause palestinienne dans les années 2000, par exemple. Et devrait par conséquent être particulièrement vigilant lorsqu’il investit lui-même le champ de la lutte contre le colonialisme israélien, et s’interdire donc absolument de relayer le moindre sketch, texte ou visuel pro-palestinien sans vérifier d’où il vient. Travaillant également sur une webTV engagée à gauche et documentant quotidiennement la fusion du bloc bourgeois et de l’extrême-droite, Théry devrait aussi être sans illusion sur le maccarthysme ambiant dans un pays dont les élites réactionnaires et islamophobes sont obsédées par « le wokisme » ou « l’islamogauchisme », et se douter par conséquent que le moindre faux-pas sera utilisé contre lui.

Partant de là, il lui était encore possible de contrer la vague mccarthyste qui le frappe en reconnaissant sans détour qu’il avait été négligeant dans la modération de son groupe Facebook et inconséquent dans le relais de certaines publications, en affirmant clairement et publiquement qu’il avait relayé Nabe ou Blanrue sans le savoir, et en confirmant qu’il n’avait rien de commun avec eux.

Au lieu de quoi il a réagi en niant le problème, prétendant que les « cochonneries soraliennes » n’avaient été postées dans son groupe Facebook qu’après le 21 novembre par des trolls « anonymes » et aussitôt supprimées, ce qui a conduit illico « No Pasaran » à fournir les preuves que les « cochonneries soraliennes » y étaient en réalité depuis plusieurs mois.

Le « comité de soutien » de Théry, qui conteste légitimement sa suspension, a tout de même reconnu le 9 décembre qu’il était « regrettable » qu’une « demi-douzaine de posts exhumés par No Pasaran aient pu échapper à la vigilance des modérateurs » (sans dire aucun mot du fait de relayer du Nabe ou du Blanrue), mais au lieu de s’engager simplement à être plus vigilant à l’avenir, il a insisté lourdement sur le fait que ce compte « No Pasaran » était « anonyme ». Judith Bernard, responsable du site Hors-Série qui a publié le texte de Théry sur l’antisémitisme de gauche comme « fake news » et la tribune de son comité de soutien, a elle-même écrit sur Facebook ce texte pour le moins gênant :

« On observe au passage la méthode de nos adversaires, avançant masqués (la plupart des comptes relayant les calomnies sont tenus sous pseudo, cryptant l’identité de leurs auteurs), croyant pouvoir instruire le procès d’une âme jugée impure – alors qu’ils n’ont pas l’honnêteté minimale d’assumer leur combat en leur nom propre et à visage découvert, multipliant les assauts tendancieux basés sur des publications apocryphes… Sous cette fausse croisade au nom de la vertu s’opère une guerre méthodique contre des idées ; c’est l’antisionisme qu’ils veulent criminaliser, et la seule cause qui les mobilise en vérité n’est jamais avouée : c’est le sionisme contemporain, qui doit, pensent-ils, persister intact même lorsque sa dimension génocidaire explose aux yeux du monde. »

Il est plaisant que Judith Bernard, Julien Théry et le comité de soutien fantasment sur l’anonymat en 2025, alors que c’est une pratique courante sur internet depuis les années 1990 dans les milieux antifascistes (pour des raisons évidentes), et alors que le fascisme est déjà aux portes du pouvoir en France et a déjà même mis un pied dans la porte. Bien sûr, il y a parmi ceux qui attaquent Théry des gens qui ne sont pas des camarades, mais ce n’est pas le fruit d’un grand complot sioniste si Théry a laissé passer de la merde soralienne sur son groupe, l’a nié, puis s’est mangé les preuves du contraire en retour. Ce n’est pas Netanyahu ni le Mossad qui ont fait qu’il est tombé sur un post de Blanrue et s’est dit « ah ah, c’est drôle ça, je partage » sans regarder qui l’avait posté ni à quel compte il allait du même coup donner de la visibilité (car oui, relayer un post, même anodin, d’un négationniste sur un réseau social, c’est donner de la visibilité au compte de ce négationniste, et donc à ses autres contenus). Ce n’est pas la LICRA, aussi contestable soit sa ligne actuelle, qui a forcé Théry à relayer une page de Nabe sans même chercher à savoir qui avait écrit ça.

Nous n’entrerons pas ici dans les débats sur « le sionisme de gauche », « l’antisémitisme de gauche », etc. Ce sont des débats légitimes, possiblement douloureux, qu’on a peut-être intérêt à aborder avec l’idée que celui ou celle avec qui on est en désaccord n’est pas forcément un·e nazi·e ou un·e émissaire de Smotrich. Mais nous nous permettrons quelques remarques pour conclure :

— Quelqu’un qui a le tort de relayer quelque chose sans avoir vérifié la source n’est pas forcément en accord avec la source.
— Quelqu’un qui soutient la cause palestinienne n’est pas forcément antisémite.
— Quelqu’un qui est horrifié par les actes du Hamas n’est pas forcément partisan du génocide à Gaza.
— Quelqu’un qui utilise l’anonymat sur internet n’est pas forcément un agent du Mossad/FSB/CIA/DGSI…
— Si tu vois un mème avec une étoile jaune, tu peux éviter de le relayer, parce que c’est rarement très drôle, possiblement problématique, et que tu as sans doute moyen de dire la même chose autrement, ou même de ne rien dire du tout (parce que, tout bien considéré, tu n’es pas obligé de poster 20 fois par jour).
— Si un prof d’université relaie ponctuellement de la merde sur un réseau, ou se montre négligent, mais que rien dans son travail ne montre une intention suprémaciste, discriminatoire ou violente, il n’est peut-être pas nécessaire de le priver de son boulot et de priver ses élèves de son enseignement (Gollnisch, vrai antisémite, n’a été empêché d’enseigner à Lyon qu’à partir de 2005 alors qu’il sortait publiquement des dégueulasseries racistes et antisémites depuis les années 1970).
— Les fachos qui profitez de l’occase pour taper sur les antiracistes et ripoliner votre antisémitisme, on n’est pas dupe, on vous voit.

Chouard n’a pas changé

En jetant vite fait un oeil sur l’égoût qu’est devenu X (ex-Twitter), nous sommes tombé·e·s (c’est le cas de le dire) sur Chouard. Convaincu·e·s que tout être humain peut s’améliorer, nous nous sommes posé la question l’espace d’un instant : et si Chouard avait changé, et s’il avait cessé de gober et relayer les théories conspirationnistes les plus pétées de la fachosphère ?

Las…

Chouard retweete Philippot
Tweet du facho antivax Philippot retweeté par Chouard, le 31 décembre 2024

Après son réveillon antivax avec le charlatan Raoult et le facho Philippot, Chouchou a commencé la nouvelle année en beauté avec un scoop climato-négationniste. Eh oui, Chouchou ne fait pas que nier (ou du moins mettre en doute) l’existence des chambres à gaz, il nie aussi le changement climatique.

Tweet climatosceptique de Chouard
Tweet du 2 janvier 2025

 

En réalité, le verdissement de la planète causé par les émission de CO2 avait déjà fait l’actualité en 2016, et n’est pas du tout un scoop en 2025. A l’époque, dans le Monde, on pouvait déjà lire :

« La végétation permet d’absorber environ 25 % des émissions de CO2 anthropiques [36 milliards de tonnes en 2014], tandis que l’océan stocke la même quantité. Ce qui veut dire que l’autre moitié de nos émissions s’accumule dans le système climatique, calcule Nicolas Viovy. Or, ce phénomène de “puits de carbone” est déjà pris en compte dans les projections climatiques. Les hausses de la température mondiale que l’on prévoit (+ 3 ou + 4 °C d’ici à la fin du siècle) tiennent donc déjà compte de ce bonus que nous offrent la végétation et les océans. »

Dans un autre article de 2019, Le Monde cite une étude de la NASA, qui conclut que :

« Ce verdissement (…) ne compense pas les dommages causés sur la végétation tropicale naturelle (comme au Brésil, en République démocratique du Congo et en Indonésie), et n’atténue pas les conséquences sur la durabilité des écosystèmes et de la biodiversité. »

En 2023, l’AFP écrivait également :

« (…) se concentrer sur “l’effet à court terme de l’amélioration de la croissance des plantes grâce à une concentration plus élevée de CO2”, c’est mettre de côté un élément central, résumait pour sa part le 13 décembre 2022 Ranga Myneni, professeur au département de la terre et de l’environnement de l’Université de Boston et co-auteur de l’étude de 2016.

“Le CO2 est un gaz à effet de serre, il provoque un changement climatique dont les effets incluent le réchauffement climatique, la fonte des glaces, l’élévation du niveau de la mer, etc.”, rappelait-il. Des études plus récentes ont par ailleurs révélé “un ralentissement du verdissement et un renforcement des tendances au brunissement, en particulier au cours des deux dernières décennies”, ajoutait-il.

C’est le cas de l’étude publiée en 2020 dans la revue Science qui conclut, à l’aide de données satellitaires, que l’effet de fertilisation par le CO2 a diminué à l’échelle mondiale entre 1982 et 2015, ce qui s’explique par exemple par le manque de nutriments et la diminution de la disponibilité de l’eau du sol. Une étude de 2021 publiée dans Biogeosciences constate également, à l’aide de données satellites, que l’augmentation de la surface foliaire mondiale ralentit. »

Bref, l’étude brandie par Chouchou pour nier le réchauffement climatique ne le nie bien évidemment pas du tout et notre confusionniste indécrottable ne fait une fois de plus que gober et relayer une des lubies mensongères de ses amis fachos.

Force est de constater qu’il n’a pas changé.

La suite logique de l’évolution de Chouard devrait le conduire à tweeter prochainement pour nier la rotondité de la terre.

Un visiteur du Chouard

Avouons-le, observer les réseaux d’extrême-droite et confusionnistes, c’est aussi lassant que salissant, et bien contents que d’autres s’en occupent, nous avons lâché l’affaire depuis quelques années. Le triomphe de la fachosphère Q Anon sur les réseaux à la faveur de la désinformation antivax durant la pandémie de covid n’avait fait que nous dégoûter encore davantage. Et puis, à quoi bon observer les réseaux pour y dénicher les pièges confusionnistes tendus par les fachos quand la pensée fasciste s’exhibe désormais à visage découvert et décomplexé dans la plupart des grands médias et dans les institutions républicaines ?

C’est dire si nos anciennes têtes de turc comme Asselineau, Ariane Walter ou Chouard ne sont plus trop dans notre ligne de mire. Tiens, qu’est-ce qu’il devient Chouard, au fait ?

C’est sur ce questionnement très anecdotique que nous avons eu l’idée saugrenue d’aller jeter un oeil sur le profil d’icelui sur X (Twitter). On se souvient qu’après être devenu tricard à gauche à cause de sa proximité, entre autres fafs, avec le nazi demi-mondain Soral, Chouard avait essayé de se refaire une virginité, à la faveur du mouvement des Gilets Jaunes, puis s’était grillé à nouveau par des propos négationnistes. La pandémie de covid l’avait vu bien évidemment relayer toutes les théories conspirationnistes antivax les plus débiles, ce qui n’avait pas empêché Franck Lepage, lui-même filant un mauvais coton dans le registre covidosceptique, de remettre Chouchou en scène dans ses conférences gesticulées.

Bon, alors, qu’est-ce qu’il devient, Chouard, en 2024 ?

Voilà :

Il s’exhibe sur « Le Média en 4-4-2 », et le relaie fièrement.

Et qu’est-ce que ce « média » ? Eh bien, selon Streetpress, c’est tout simplement le faux-nez de Soral.

« Car si la plateforme l’a mis à la porte en juillet 2020, Soral est selon nos informations revenu par la fenêtre. Son nouveau faux-nez s’appelle Le Média en 4-4-2. Une chaîne YouTube lancée seulement deux mois après la fermeture de sa chaîne officielle. En vidéo sur ce nouveau canal, un certain Marcel D. – dont le visage n’apparaît pas –, explique que le Covid est un complot de l’État profond, des Juifs et des francs-maçons… Bref, sur le fond, c’est du Soral pur jus.

Le média indépendant Fact and Furious s’est penché sur le dossier. En creusant, ils ont notamment découvert que Marcel D. s’appelle en réalité Christophe J. Notre enquête nous permet d’aller plus loin. Une source longtemps proche d’Alain Soral explique à StreetPress que ce Christophe est l’une des petites mains qui, depuis des années, travaille avec Soral sur ses vidéos. Il est chargé par exemple de trouver des extraits et des documents pour habiller les célèbres vidéos du polémiste d’extrême droite qui pérore, avachi dans son canapé rouge. Et il est payé pour ça. StreetPress a également eu accès à de nombreux documents bancaires qui le confirment. Christophe J. est un auto-entrepreneur rémunéré depuis plusieurs années par Égalité et Réconciliation ainsi que Culture pour tous, l’association et l’entreprise dirigées par Soral. »

Bref, Chouard est toujours mouillé jusqu’au cou avec le vieux nazi.

 

Franck Lepage, de la dérive en parapente au hold-up en charentaises

Nous n’avons rien à redire au travail de Franck Lepage dans les domaines de l’éducation populaire, du décryptage de la langue de bois du capitalisme néolibéral, du soutien à la socialisation du salaire et à l’abolition de la propriété lucrative portées notamment par Bernard Friot…
Bien qu’ayant plusieurs fois critiqué le dangereux confusionnisme d’Etienne Chouard, nous n’avions jamais jusqu’ici critiqué la proximité affichée par Franck Lepage avec l’as du parapente, du citoyennisme all inclusive, et des hurlements contre les « talibantifas » (en chœur avec des canailles comme le nazi demi-mondain Soral ou le visqueux nationaliste Asselineau). Lepage avait d’ailleurs naguère assuré le service minimum en expliquant à Saint Etienne que « Soral, c’est un piège ». On pouvait même comprendre que, sans cautionner son confusionnisme crasse, il conservât quelque indulgence amicale envers son pote de parapente. On avait même évité de commenter leur tournée commune de février 2020. C’est dire si nous avons voulu rester bienveillants.


Mais les dernières interventions de l’idole des retraités du secteur social via l’organe du soft power poutinien nous posent problème.



Dans une émission du 25 novembre 2020 sur RT, Lepage ose effectivement demander à propos de la pandémie de coronavirus : « La question qui se pose, c’est : est-ce que les raisons de ce confinement sont bien celles qu’on nous dit ? Est-ce que ce sont des raisons sanitaires ? »

Ensuite, Lepage pointe les conséquences selon lui du confinement : l’économie à plat, « des gens qui se suicident », mais aussi « des cancers du sein chez des femmes qui doivent attendre 7 mois un dépistage ».

Pourtant, aucune hausse des suicides n’a réellement été observée depuis le confinement, selon Le Monde. Ce qui est à craindre, c’est plutôt une hausse des suicides dus aux conséquences à venir de la crise économique, dont le confinement est un facteur aggravant, bien sûr, mais qui pourrait être compensé par des mesures politiques et sociales, mesures qu’évidemment le gouvernement de droite de Macron ne prendra jamais assez, car cela nécessiterait une socialisation massive de l’économie. Mais pour le coup, ce n’est pas le confinement lui-même qui risque de causer des suicides, mais la politique néolibérale de Macron.

D’après Axel Kahn, le président de la Ligue contre le cancer interrogé par Europe 1 :

« Cette année, du fait de la crise sanitaire de la Covid, il y a un retard considérable dans le diagnostic des cancers en général, et plus particulièrement des cancers du sein. Durant cette période de confinement, sur les trois mois, il n’y a eu que la moitié des diagnostics de cancer auxquels on s’attendait (…) Par conséquent, alors que des retards de diagnostic de deux, trois mois ne doivent pas porter à conséquence normalement, on en est maintenant sans doute dans certains cas à des retards de cinq, six mois ».


C’est donc un vrai problème, certes, imputable au confinement. Cela dit, des hôpitaux ont aussi fait revenir des patientes dès le mois de juin pour compenser, et les retards de 7 mois ne sont peut-être pas une norme, contrairement à l’exemple catastrophiste brandi par Lepage.

Affirmer comme il l’ose que « le résultat du confinement est probablement plus grave que le covid lui-même » est donc pour le moins contestable.

S’ensuit une tirade sur la létalité et la mortalité du virus, qui, selon Lepage, n’aurait pas nécessité de confiner la population, car « 99,5% des gens guérissent ». Avec le même genre de logique, on pourrait dire par exemple que la deuxième guerre mondiale n’a tué que 2,5% de la population mondiale de l’époque et en conclure qu’il n’y avait vraiment pas de quoi en faire un plat. Quand on sait que 100% des gens finissent par mourir de quelque chose, qu’est-ce que c’est qu’une guerre qui ne tue que 2,5% d’entre eux ? Et qu’est-ce donc qu’un virus qui ne tue que 0,5% des malades ?
Oui mais non. A l’heure où nous écrivons ces lignes, la covid 19 a tué plus de 50000 personnes en France et près d’un million et demi dans le monde, malgré des mesures drastiques adoptées sur quasiment toute la planète (à des degrés divers), mesures sans lesquelles, n’en déplaise à Franck Lepage, le bilan aurait été beaucoup plus lourd. Une étude estime en outre que les morts de la covid 19 aux Etats-Unis auraient perdu en moyenne plus d’une décennie de durée de vie.

Par ailleurs, Franck Lepage prétend que les malades de la covid 19 qui guérissent « s’en sortent sans aucun problème ». Il néglige du coup l’ensemble des malades qui, certes, survivent à la maladie, mais non sans avoir connu des « problèmes », justement. Certains, même, gardent de graves séquelles. Des patients atteints de « covid long » luttent par exemple pour faire reconnaître ce qu’ils vivent. En Corée, une étude évoque des séquelles persistantes (fatigue, difficultés de concentration, troubles psychologiques ou neurologiques, perte du goût ou de l’odorat…) pour une proportion très importante de malades. Les séquelles pulmonaires (peut-être limitées) ou cardiaques sont toujours mal connues. Décidément, le camarade Lepage va vite en besogne, d’autant qu’il n’hésite pas, péremptoire, à conclure : « probablement que la raison du confinement n’est pas une raison sanitaire ».


Et bizarrement, Lepage s’appuie sur un argument qu’on pourrait tout aussi bien lui opposer : « ça se passe mondialement ». En effet, puisque le phénomène est mondial, l’explication la plus plausible du fait que nombre de pays, y compris ceux qui s’y refusaient le plus au départ (comme le Royaume-Uni), y compris des pays peu suspects de zèle capitaliste (comme Cuba), se soient résolus à des formes de confinement, au détriment de l’économie… n’est-elle pas que ce confinement a bien été jugé nécessaire pour des raisons sanitaires ? Sinon, quelles raisons pouvait bien avoir Boris Johnson de déplaire au patronat anglais ? Imagine-t-on un seul instant que Cuba ait confiné à nouveau La Havane durant le mois de septembre pour plaire à un capitalisme mondial qui lui mène la vie si dure depuis 1959 ?


Lepage, ne voyant pas la contradiction qu’il énonce lui-même, reste sourd aussi au contre-argument de Taddéi qui lui réplique qu’en France, il y a 20 millions de personnes à risque auxquelles le confinement a peut-être sauvé la vie.


« Y a pas d’études qui permettent de dire que le confinement ou même le masque auraient eu le moindre effet » affirme doctement Lepage. Mais c’est faux : il existe plusieurs études, sur l’homme et sur l’animal, à propos des masques. Aucune ne constitue une preuve irréfutable, certes, mais l’ensemble mis bout à bout constitue tout de même un large faisceau d’indices. Quant au confinement, son efficacité a également été montrée par plusieurs études, notamment une de l’Institut Pasteur.


Lepage se dit également surpris par « la rapidité » avec laquelle tout le monde a confiné. Là aussi, son affirmation est contredite par la réalité. On sait aujourd’hui par les confidences maladroites d’Agnès Buzyn que le gouvernement était alerté depuis janvier des risques de pandémie. L’OMS a déclaré l’état d’urgence de santé publique de portée internationale le 30 janvier 2020 puis a officialisé l’état de pandémie le 11 mars et préconisé des mesures pour éviter la saturation des systèmes hospitaliers. La France n’a alors appliqué aucune de ces mesures, et a tardé à confiner, laissant même se dérouler le 15 mars le premier tour des élections municipales alors que l’Italie avait déjà confiné le 9 mars et l’Espagne le 15. La France, elle, n’a confiné que le 17. L’Angleterre n’a confiné que le 24 mars, après avoir dû renoncer contrainte et forcée à la stratégie de l’immunité collective. Les Etats-Unis, actuellement en pleine 3ème vague, paient le prix de l’absence de mesure fédérale.

Lepage se met au niveau Bigard en glosant sur le fait qu’on a confiné les Côtes d’Armor alors qu’il n’y avait « qu’un cas ». Sophisme assez honteux, parce que bien évidemment, un cas décelé à un moment où on ne disposait pas de possibilités de dépistage massif, ça pouvait signifier de nombreux autres cas non détectés, et il s’agissait bien d’empêcher que des clusters se forment dans des régions encore pas trop touchées. Si on attend qu’il y ait des centaines ou des milliers de cas identifiés pour réagir, c’est trop tard. Ajoutons que la Nouvelle-Zélande n’a pas hésité, elle, à confiner partiellement sa capitale le 12 novembre pour un seul cas détecté. Ce n’est peut-être pas un hasard si ce pays est un de ceux qui ont su le mieux maîtriser l’épidémie. Les sarcasmes de Lepage sur les Côtes d’Armor tombent donc d’autant plus à plat.
A un autre moment de l’émission, Lepage se laissera encore aller à ce genre de brève de comptoir en évoquant « des petits vieux qui conduisent avec leur masque », comme si le fait qu’un « petit vieux » oublie d’enlever son masque dans sa voiture avait une signification quant à l’utilité globale des masques.

Katia Lang, la partenaire de Lepage au sein du collectif L’Ardeur reste dans le même registre à propos du masque imposé aux enfants dès 6 ans : « qu’est-ce qui peut justifier ça ? »
Lepage venait pourtant de concéder un « on n’est pas médecin » qui aurait pu l’inciter à la prudence. Certes, la question de la transmission du virus par les enfants fait débat dans la communauté scientifique, mais des études, notamment en Inde sur 85000 cas, peuvent justifier le principe de précaution.
Katia Lang souligne aussi que les enfants ne peuvent porter le masque tout le temps : impossible pour le sport, à la cantine… On mesure bien l’impossibilité de conserver le masque en mangeant. Mais là aussi, il s’agit de comprendre qu’on est dans une logique de diminution des risques. Si on n’enlève son masque qu’à la cantine, on est moins exposé que si on n’en porte jamais.
Tout le discours de Lepage et Lang sur « l’analyse systémique » ne vise en fin de compte qu’à nier les nombreuses données sanitaires pour construire la thèse d’un confinement qui n’aurait aucune justification sanitaire mais servirait un dessein secret : c’est ce qu’on appelle communément le complotisme, et on n’entend par là non pas l’épouvantail brandi par les défenseurs du pouvoir pour discréditer toute critique des mensonges du pouvoir, mais bel et bien un recours systématique et abusif à la thèse du complot comme facteur explicatif des événements.

On n’aura évidemment rien à redire sur la critique de la marchandisation et de la destruction des services publics effectuée par Lepage, et il est évident que les capitalistes et leurs valets gouvernementaux peuvent profiter de la pandémie pour avancer dans leur agenda néolibéral. Mais il va trop loin lorsqu’il affirme qu’il faut une « raison supérieure » pour faire accepter cela aux populations, et que cette raison supérieure, « c’est un coronavirus ». Cette formulation laisse entendre que la pandémie serait l’étape d’un plan. Les Illuminati reptiliens sataniques frappent déjà à la porte.

Alors que Taddéi, goguenard, fait mine de s’étonner de cette théorie du complot capitaliste derrière une pandémie qui oblige les gouvernements même les plus libéraux à soutenir l’économie et verser des allocations chômage, tandis que les échanges sont bloqués et que nombre de capitalistes perdent de l’argent, Lepage brandit la notion de « grand reset » qu’il attribue à Christine Lagarde. Les réseaux d’extrême-droite, notamment trumpistes, se sont beaucoup excités sur ce « great reset ». En réalité, c’est un ensemble de vœux pieux pour plus de coopération, une sorte d’actualisation du green washing par lequel le capitalisme mondialisé essaie de se présenter sous un jour progressiste plus sympathique face à la détresse des populations qu’il ne faudrait quand-même pas laisser s’adonner à une remise en cause structurelle du capitalisme. Rien de nouveau sous le soleil, et certainement pas un plan concerté pour résorber la surproduction capitaliste en éliminant les plus faibles au profit des plus forts, contrairement à ce que laisse entendre Lepage (« on va mettre toute l’économie par terre et on va repartir sur des bases différentes »), qui, ironie du sort, reprend ici à son compte une théorie par laquelle les fachos voient à l’œuvre un complot communiste anticapitaliste. Heureusement qu’il précise ensuite qu’il n’y a pas de « gouvernement mondial », et que « les capitalismes » sont en concurrence les uns avec les autres. Mais du coup, il contredit à nouveau lui-même sa propre théorie du confinement planétaire qui serait causé non par des raisons sanitaires mais par le « grand reset ». Des capitalismes concurrents n’auraient jamais pu se mettre d’accord de façon synchronisée pour confiner… à moins d’y avoir été contraints par… des raisons sanitaires, justement. Il faut dire que contrairement à la misère, qui ne touche que les pauvres, le coronavirus peut tuer aussi de vieux capitalistes. « La gouvernance mondiale » qu’invoque Lepage (plutôt qu’un « gouvernement mondial ») nécessiterait un accord secret des multinationales pour obliger les gouvernements à confiner de façon simultanée afin de pouvoir procéder à « la grande réinitialisation ». Mais « ça c’est pas du complotisme », essaie-t-il de nous rassurer. Ben si, quand-même un peu.

Comme le fait malicieusement remarquer Taddéi, la concentration du capitalisme n’a pourtant pas eu besoin du coronavirus pour s’accomplir, au détriment des bistrots, des petits commerces, etc. Il y a bien un effet d’aubaine du coronavirus, qui sert de prétexte à des licenciements par des grands groupes. Mais rien ne permet de dire que le confinement planétaire n’aurait aucune raison sanitaire et serait fait pour favoriser la concentration du Capital et la diminution de la masse salariale.

Philippe Merlant, quant à lui, nous explique après Lepage que la qualification de complotisme est une manière fâcheuse de défendre des « vérités officielles » et prend la défense du film Hold-up sans jamais mentionner que ce film est une œuvre de désinformation réalisée par un illuminé proche du catholicisme le plus réactionnaire. Pas une seconde il ne prend la peine d’en critiquer les thèses, ce qui éclaire du coup singulièrement les propos de Lepage sur la covid 19 et le confinement : dans la même émission, on aura entendu Lepage prétendre que le confinement est motivé par autre chose que des raisons sanitaires, citer le « great reset » et minimiser le danger du virus, puis on aura entendu son pote Merlant prendre la défense de Hold up, un documenteur dont la thèse résumée est : “le Forum économique mondial de Davos se sert de la Covid-19 (maladie qui serait causée par un virus fabriqué par l’homme) dans le cadre d’un “plan global pour soumettre l’humanité”, appelé le “Great Reset”, visant à exterminer les plus pauvres et contrôler le reste de l’humanité via des nanopuces injectées via les vaccins et connectées par la 5G ”.


On ne peut que rejoindre Merlant lorsqu’il affirme que « la confusion sert bien les intérêts des puissants, des dominants », mais il est à déplorer que son propre discours en soit une illustration. Ainsi, quand Lepage se moque du fait que les médias aient mis en avant la présence de groupuscules néonazis dans les manifs anti-masques de Berlin, sous prétexte de dévoiler un mensonge des « médias mainstream » (dont on se doute bien que lors de la couverture d’une manif, ils vont aller chercher le scabreux plutôt que l’inoffensif, car il leur faut bien alimenter le spectacle), il ne fait qu’ajouter de la confusion à la confusion, passant complètement à côté du fait que ces manifs allemandes ont été organisées par des groupes (Widerstand 2020, Querdenken 711…) extrêmement poreux avec le parti d’extrême-droite AFD et imprégnés par les thèmes diffusés par la mouvance Q Anon.

Par exemple, Bodo Schiffmann, un des médecins de l’ACU (groupement de médecins anti-confinement), et acteur des manifs anti-masques, a été publiquement défendu par l’AFD.


Il ne semble pas en être membre lui-même, mais il était déjà impliqué dans les manifs d’extrême-droite contre le confinement en mai 2020. Selon un journal allemand  : « Avec ses thèses, Schiffmann est également extrêmement populaire parmi les théoriciens du complot corona. Entre autres choses, il a été invité à une interview de Ken Jebsen – un ancien présentateur de radio qui a diffusé toutes sortes de théories grossières et parfois antisémites sur YouTube depuis son expulsion de la RBB. Les vidéos de Schiffmann sont visionnées des centaines de milliers de fois. »
Il fait plus illuminé new age que facho proprement dit, de prime abord, mais : « La métaphore du “corps du peuple”, sur laquelle se fonde Schiffmann, était un concept central de la théorie raciale national-socialiste. »

La devise de la manifestation de Berlin dont parle Franck Lepage, «Jour de la liberté», est également le titre d’un film de la réalisatrice nazie Leni Riefenstahl sur la conférence du parti d’Adolf Hitler NSDAP en 1935.

Selon la chaîne allemande ZDF, « “Widerstand 2020 est actuellement un réservoir diffus : les ennemis de la science rencontrent des théoriciens du complot, des populistes de droite et des opposants de gauche anti-vaccination”, déclare Quent, qui dirige l’Institut pour la démocratie et la société civile à Jena. Il a analysé la présence en ligne de l’organisation. “Le contenu est particulièrement populaire dans les cercles de droite et, dans certains cas, antisémites”.
Dans un entretien avec le blog de droite PI News, le membre de l’AfD du Bundestag Hansjörg Müller a déclaré qu’il pouvait imaginer une coopération extra-parlementaire avec Wiederstand2020. “L’AfD tente de se faire l’avocat des manifestations”, estime le sociologue Quent. “Il reste à voir si Widerstand 2020 deviendra une concurrence pour l’AfD en 2020”, dit-il. » 

Moment de gêne quand Lepage interpelle « la gauche institutionnelle », accusée d’être silencieuse, et particulièrement la FI, pour lui dire que « l’objet aujourd’hui n’est pas de réclamer la gratuité des masques, c’est de réclamer l’abolition des masques dans la rue ». Certes, aucune donnée scientifique ne plaide en faveur de l’efficacité du masque dans la rue en dehors des zones de grande promiscuité. Cependant, selon Libération, « une étude chinoise publiée sur le réseau JAMA a montré, par exemple, qu’on se touche moins le visage quand on porte le masque en continu. Or, le fait de porter des mains infectées à son nez, ses yeux ou sa bouche est un mode de transmission reconnu du virus. Les experts ont donc tendance à espérer que porter le masque dehors incitera les gens à le garder davantage en milieu clos, là où le risque est plus grand. »
N’en déplaise à Lepage, le combat le plus urgent de la gauche est donc bien de réclamer la gratuité des masques et non l’abolition des masques dans la rue. Lutter contre les masques, c’est justement offrir sur un plateau au pouvoir de quoi disqualifier ses opposants comme complotistes. La confusion, décidément, est bien l’alliée du pouvoir.


Katia Lang, enfin, prend au pied de la lettre la propagande de Blanquer (« on est prêt ») pour y voir la preuve d’un plan caché en faveur de l’industrie du numérique. Alors qu’en réalité, les profs et les élèves ont pu mesurer lors du confinement et depuis lors que rien n’était prêt, justement, ni pour la « continuité pédagogique » à distance, ni pour l’accueil des élèves dans le respect du protocole sanitaire. Bien sûr, Blanquer et sa clique sont fascinés par le numérique auquel ils ne comprennent rien et prêts à offrir des contrats juteux à des prestataires privés (leurs copains) si ça peut leur permettre de dégraisser le mammouth et de se donner une image de modernistes, mais la pandémie les a complètement pris au dépourvu comme tout le monde et leurs discours sur la continuité pédagogique en distanciel avec le CNED s’est traduit en réalité sur le terrain par du démerdentiel : rien n’était prêt, rien ne fonctionnait, et une grande partie des élèves était dans l’incapacité de se connecter. Le distanciel n’a d’ailleurs pas du tout été favorisé lors du second confinement, où tout a été fait, au contraire, pour que les profs continuent à accueillir physiquement tous les élèves, en dépit de l’impossibilité d’appliquer le protocole sanitaire renforcé. Il a fallu que les enseignants se mettent en grève, utilisent le droit de retrait, et que des lycéens essaient de bloquer les lycées pour que le ministère concède enfin des aménagements.

Lepage avait déjà dérapé pas mal sur RT il y a quelques mois (« 400 morts par jour je sais pas ce que c’est »), et nous avait inquiété par des marques de soutien au charlatan Raoult durant l’été sur un célèbre réseau antisocial apprécié des boomers. Mais cette fois, avec ses deux acolytes, concluant sur « un petit virus qui ne fait pas tellement de morts », il semble vraiment avoir rejoint Chouard et son parapente aspirés par un castellanus confusionniste :

« Pour comprendre [Etienne Chouard], il faut comprendre comment il fait du parapente, tente d’expliquer Franck Lepage. Vous savez ce qu’est un castellanus ? C’est un nuage qui monte à huit kilomètres. Etienne est le seul mec que je connaisse qui y va volontairement et se fait aspirer là où l’oxygène commence à manquer. (…) Il a une absence totale de peur. »

Il est beaucoup question de refus de la « peur », chez les complotistes anti-masques.
Mais face à un danger réel, la peur est une défense plus utile que le déni. Selon la psychanalyste Claude Halmos :

« Certaines craintes aujourd’hui peuvent évoquer des mécanismes phobiques : peur du gluten, des vaccins… Au-delà de la réalité, elles indiquent que les gens se sentent menacés. Et ils ont raison. Parce qu’ils sont vraiment menacés. Mais ils se trompent d’ennemi. Car le plus grand danger ne vient pas pour eux du gluten ou de la viande rouge mais de la crise économique qui peut, demain, en les privant de leur travail et de leurs revenus, porter gravement atteinte à leur vie. Or personne ne les aide à prendre conscience que c’est cela qu’ils craignent : les politiques et les médias sont, sur cette question, muets. Alors les gens restent en proie à une angoisse diffuse et, faute de pouvoir prendre conscience de sa véritable origine, ils l’accrochent sur des objets possibles. (…)
À notre époque où l’éducation vacille, beaucoup d’enfants et d’adolescents manquent de repères parce que les adultes ne leur ont pas signifié clairement que certaines choses sont dangereuses. Et qu’en avoir peur (ce qui ne veut pas dire être terrorisé) est non seulement normal mais utile. Parce que la peur est un signal qui protège. Quand une jeune fille de 15 ans m’explique fièrement qu’elle prend seule, la nuit, le dernier RER pour rentrer dans une banlieue lointaine, je ne la félicite pas. Je lui explique que c’est dangereux… »

S’il veut vraiment faire une analyse systémique de la pandémie, dont le capitalisme essaiera évidemment de tirer avantage, Franck Lepage ferait bien de délaisser les élucubrations des Raoult, Perronne, Fouché & co et de s’appuyer sur des sources plus sérieuses, et nullement inféodées au capitalisme pharmaceutique, comme les analyses d’Alexander Samuel, gilet jaune et docteur en biologie moléculaire.

Eric Drouet, gilet jaune ou chemise brune ?

Le mouvement des « Gilets Jaunes » a été initié suite, notamment, à l’événement Facebook créé pour l’action de blocage du 17 novembre 2018 par un certain Eric Drouet, routier se présentant comme « apolitique ».

Nous ne prétendons pas ici effectuer une analyse politique ou sociologique du mouvement des Gilets Jaunes, ni couvrir d’opprobre un mouvement protéiforme dans lequel sont engagés aussi de simples citoyens, mais également des syndicalistes ou des militants de gauche aux revendications respectables.

Reste que le dénommé Eric Drouet devrait inspirer quelque méfiance aux syndicalistes et militants engagés dans les actions des gilets jaunes.
En effet, si celui-ci se déclare apolitique et n’affiche effectivement aucune appartenance partisane sur sa page Facebook, il y a déjà posté des publications anti-migrants assez typées.

Par exemple, le 13 juin, il relayait une publication demandant à Macron de « diminuer le coût de plusieurs milliards consacrés à l’immigration chaque année », coût qui serait « honteux » (on sait qu’en réalité l’immigration rapporte chaque année à la France en cotisations, impôts et autres taxes). Il s’agit bien là d’un vieux fantasme de l’extrême-droite xénophobe. Continuer la lecture de Eric Drouet, gilet jaune ou chemise brune ?

Discuter avec l’huppé air ?

Certains militants syndicaux ou engagés dans les luttes sociales pensent qu’on peut manifester sans sourciller avec l’UPR sous prétexte que « c’est la démocratie » ou que les militants de ce groupuscule nationaliste ni de gauche ni de gauche sont marginaux et qu’il ne faut pas faire attention à eux.

Lors des manifestations du 22 mars 2018 contre la casse des services publics, des militants de l’UPR se sont ainsi immiscés avec leurs banderoles dans le cortège syndical marseillais avant d’en être expulsés par des camarades.

Statut Facebook d’un militant de l’UPR

 

Nous n’allons pas revenir ici sur ce que représente politiquement l’UPR dont le fond de commerce consiste à mêler souverainisme et complotisme (voir par exemple le dossier des camarades Debunkers sur le hoax « Hallstein »). Pour celles et ceux qui auraient échappé au flooding des trolls de l’UPR sur les réseaux sociaux et ignoreraient encore tout de la pensée d’Asselineau, voir par exemple cette courte présentation par le vidéaste Usul de ce technocrate post-pasquaïen : Continuer la lecture de Discuter avec l’huppé air ?

L’alliance des confus

Le nationaliste pasquaïen Asselineau l’a annoncé sur la page Facebook de son groupuscule : il a le soutien pour l’élection présidentielle 2017 du confusionniste Etienne Chouard pourtant pas avare habituellement de diatribes contre le suffrage universel. Asselineau lui-même n’a d’ailleurs jamais semblé séduit par le fétichisme du tirage au sort si cher à Chouard (en dépit des apparences, cette phrase ne comporte pas de contrepèterie). Il serait vain de chercher une cohérence chez ces gens-là, de toute façon. La posture « anti-système » et les obsessions complotistes tiennent lieu de ciment. Nous avions déjà montré dans une vidéo que les deux larrons relayaient joyeusement le même hoax sur le premier président de la Commisssion européenne. La collusion dans la confusion désormais officielle n’est donc pas pour nous étonner.

Sapir, ça pue vraiment très fort

Le réseau Twitter permet, par la concision qu’il requiert, de saisir en un clin d’oeil l’ampleur de la dérive de l’économiste Jacques Sapir.

tweet de Sapir
Tweet (supprimé depuis) de Jacques Sapir (il n’assume pas encore complètement d’être devenu un gros réac ?)

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La confusion qui s’étale

Les fascistes et les confusionnistes qui infestent le web et les réseaux sociaux ont de quoi exulter. Non seulement l’apolitisme et le « citoyennisme all inclusive  » qui se sont installés en bonne place dans le mouvement « Nuit Debout » leur ont permis de s’incruster dans des luttes sociales auxquelles ils n’ont jamais pris aucune part, mais ils viennent de recevoir une aide inattendue de la part d’un groupe « antifa ». En effet, dans un très indigeste dossier publié sur un site hébergé sur « antifa.net », Les Enragé-e-s, associés à Veille Extrême, Soliran Paris et Confusionnisme.info, s’efforcent, sous prétexte de s’attaquer à une prétendue « galaxie citoyenniste », de mettre dans le même sac des figures ou organisations de gauche aussi diverses que François Ruffin, Frédéric Lordon, Julien Bayou, Acrimed, Pierre Carles, Ballast, Usul, Bernard Friot, Franck Lepage, Jean-Luc Mélenchon, Gérard Filoche, le couple Pinçon-Charlot, Hervé Kempf, Fakir, Julien Salingue, Eric Hazan, Julien Coupat… et des confusionnistes comme Etienne Chouard, voire des fascistes comme Alain Soral ! La parodie d’affiche qui annonce ce bal de la confusion trouve même le moyen d’inclure Marine Le Pen. En fait, c’est l’intégralité de la gauche opposée au gouvernement Hollande-Valls-Macron qui se retrouve ici amalgamée à l’extrême-droite. Continuer la lecture de La confusion qui s’étale

Ce royaliste nationaliste qui prétend s’incruster dans une lutte sociale

Depuis que Sylvain Baron a été prié fermement par la commission « Accueil et Sérénité » de « Nuit Debout » de ne pas venir perturber le collectif en lutte qui occupe la place de la République, ses défenseurs nationalistes, chouardiens et autres conspirationnistes hurlent à la « censure » contre « la liberté d’expression », comme si la liberté d’expression, c’était pouvoir dire n’importe quoi à n’importe qui à n’importe quel moment en n’importe quel lieu et sans tenir aucun compte du désir des destinataires de recevoir ou pas le message qu’un propagandiste veut leur imposer. Beaucoup arguent aussi sur les réseaux sociaux que Baron ne serait ni fasciste ni d’extrême-droite, qu’il serait même « de gauche », et exigent auprès de ceux qui le nient des preuves du contraire. Continuer la lecture de Ce royaliste nationaliste qui prétend s’incruster dans une lutte sociale