Les Soraliens omniprésents sur internet infiltrent même Wikipedia.

Après les révélations de Streetpress sur le système Soral, Vincent Coquaz explique sur le site d’Arrêt sur images comment « la bande de Soral infiltre Wikipedia ». Nous reproduisons ici le contenu textuel de cet article pour les non-abonnés à ASI (que nous invitons par la même occasion à s’abonner à ce media indépendant pour pouvoir lire l’article dans son intégralité avec ses illustrations). Il montre bien à quel niveau de nuisance est parvenue la fachosphère sur les réseaux.

13 personnes et 26 comptes Wikipédia pour « occuper » et « investir » l’encyclopédie en ligne. StreetPress a découvert une étrange « cellule Wikipédia » au sein du groupuscule Égalité et Réconciliation, fondé et animé par le polémiste d’extrême-droite antisémite Alain Soral. Une cellule aux méthodes bien rodées : IP multiples, création de « personnages » et astuces subtiles pour ne pas être repéré.

« Les émules d’Alain Soral comptent sur Wikipédia pour modeler les esprits.«  Streetpress publie un document confidentiel qui détaille la stratégie « d’occupation et d’investissement de l’encyclopédie libre Wikipédia » d’Égalité et Réconciliation (E&R), l’association du polémiste d’extrême-droite Alain Soral. Dans ce document de six pages daté 2010/2011, « le monsieur internet du groupuscule Stéphane Condillac [un pseudo], donne ses ordres à son équipe de cyber-militants pour infiltrer l’encyclopédie collaborative, rapporte StreetPress. Tel un général Patton du web-activisme, il emploie un vocabulaire martial attestant de l’importance qu’il accorde à sa «cellule Wikipédia» : «Nous devons avancer par petits bataillons de 3 à 6 personnages, progressivement, de manière à ne pas donner l’idée d’une attaque coordonnée.»« 

« NOS INTERVENTIONS DOIVENT ÊTRE ENTRECOUPÉES DE MODIFICATIONS ANODINES »

La « cellule Wikipédia » mise à jour par Streetpress est très réduite, mais particulièrement bien adaptée au mode de fonctionnement de l’encyclopédie, comme l’explique le document interne d’E&R : « A ce jour, nous avons 13 candidats. […] Chaque membre peut (et devrait) disposer de plusieurs adresses IP. […] En conclusion nous devrions pouvoir atteindre pas loin de 26 pseudonymes différents ! Ce qui est parfaitement suffisant dans le cadre de l’investissement de l’encyclopédie libre où les débats contradictoires, voire les votes, mobilisent rarement plus de 10 ou 20 personnes.« 

Leur principale inquiétude ? Être démasqué par une attitude militante trop visible : « Nous ne pourrons investir les articles ciblés immédiatement car il s’agira dans un premier temps d’installer nos différents personnages. Pour cela il faudra intervenir sur des articles totalement anodins, variés, et touchant à des sujets parfois opposés aux nôtres, dans le cadre d’une correction orthographique ou l’amélioration d’une syntaxe […] Au bout de 3 ou 4 petites modifications éparses, le personnage peut commencer à intervenir dans les articles visés par notre opération. » Autre technique pour éviter que la « cellule » soit identifiée ? Les militants sont encouragés à se contredire les uns les autres, en ajoutant de légères réserves aux modifications de leurs acolytes.

Et quels sont les articles visés par l’opération ? Sans surprise, on retrouve les pages Wikipédia « Egalité et Réconciliation », « Alain Soral », « Dieudonné » ou « antisémitisme » et « antisionisme ». Plus surprenant, les pages d’Hugo Chavez ou du NPA sont également mentionnées.

Ces révélations précèdent la publication du livre Le Système Soral, par les journalistes de StreetPress Robin D’Angelo et Mathieu Molard, mercredi 2 septembre. Dans leur enquête ils reviennent notamment sur la genèse d’Égalité et Réconciliation, association toute dévouée à la promotion de Soral, ancien du FN, et de ses idées. Une structure qui édite le site du même nom, carrefour désormais incontournable de la fachosphère, et qui compte désormais entre 5 000 et 10 000 adhérents (qui doivent débourser minimum 20€ pour devenir membre), ce qui en fait « la plus importante structure politique à la droite du FN« .

ANTIFASCISME, GOSSIP GIRL ET ÉPILATION DU MAILLOT

Pour mieux comprendre le mode d’action de la « cellule Wikipédia », il suffit de se pencher sur le cas d’un compte Wikipédia que cite Streetpress, « Omnisciens », utilisé par le « monsieur internet du groupuscule, Stéphane Condillac« . Rien de plus facile : Wikipedia permet de voir toutes les « contributions » d’un utilisateur. Premier constat : les modifications apportées par Condillac sont variées et surtout systématiquement justifiées, dans des termes qui correspondent aux « codes » des contributeurs de l’encyclopédie les plus actifs.

Et Condillac applique à la lettre ce qu’il prêche. On trouve donc des modifications de pure forme sur des articles a priori éloignés des centres d’intérêt de l’association de Soral, comme ceux sur la Romanée-conti, le cigare ou le gong (l’instrument). Mais on remarque surtout quelques ajouts idéologiques sur des pages « cibles » pour E&R. C’est le cas par exemple de la page « Antifascime », où Condillac a ajouté un passage, toujours présent, sur la « critique de l’antifascisme moderne« . Plus étonnant, Condillac cite, dans le document confidentiel, une « modification non anodine » qu’il a apportée à la page Wikipédia… de la série américaine Gossip Girl. « J’y ai ajouté une critique sociologique dans la veine ER. Ce genre d’apport permet d’élever le niveau général de l’article et d’ouvrir les lecteurs à une critique qui peut éventuellement le préparer à nos sujets de prédilection. » Enfin, pour éviter que ses contributions soient supprimées, il n’hésite pas à citer des sources sérieuses et insoupçonnables de proximité avec l’extrême-droite (dans le cas de Gossip Girl, une analyse de Mona Chollet, journaliste du Monde Diplomatique).

Reste que malgré la « discipline militaire » qu’il réclame, Condillac se laisse aller à quelques modifications plus « personnelles ». Comme le notent Robin d’Angelo et Mathieu Molard dans leur livre, cet homme secret (personne ne connait son vrai nom) a laissé filtrer un seul détail de sa vie privée : il cultive « une étonnante passion pour les poils pubiens » auxquels il consacre un site, Telechatte.fr. Pas étonnant donc, que dans la liste de ses contributions Wikipédia on trouve la modification de la page « Maillot à la brésilienne » (visiblement confondue, à tort, avec l’épilation intégrale). Chassez le naturel…

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