Demake-up

Charly Joker Salvator

Habitué·e·s aux réseaux chouardiens, dieudosoraliens, antivax… nous n’avions pas encore eu l’occasion de jeter un oeil sur le milieu de la mode et des influenceur·euse·s. C’est un tort, car sous couvert de causer chiffons et maquillage, cet univers peut véhiculer des idées bien rances.

Nous avons par exemple été alerté·e·s au sujet d’un certain Charly Salvator. Il s’affiche sur Instagram comme « Beauty expert » et le site « Les nouvelles esthétiques » le présente comme « maquilleur de renom et influenceur incontournable ». Pour dire les choses avec moins d’emphase : il fait de la pub pour des marques de cosmétiques. Mais avec ses 970 000 followers — presque un million, donc, auxquels on peut ajouter 417 600 abonné·e·s sur TikTok — il a une audience supérieure en moyenne à une chaîne de TV d’extrême-droite comme CNews, par exemple. Or, il ne se contente pas de se maquiller devant son smartphone pour faire acheter des cosmétiques. Il diffuse aussi, l’air de rien, une certaine Weltanschauung.

Ainsi, il y a quelques jours, il a cru utile de livrer à son vaste public son sentiment sur le cas du jeune Hamza surnommé « La Douane », un ado médiatisé (et mis en garde à vue 48h) après avoir usé abondamment d’un pistolet à eau aux alentours du canal Saint-Martin, à Paris, en pleine canicule, et commis des incivilités envers les passants. Dans Mediapart, Fatima Ouassak y voit une illustration du concept de « désenfantisation », qu’elle a théorisé, et qu’elle définit comme « le processus qui consiste à n’accorder aucune indulgence particulière, aucun droit à l’erreur, aux enfants appartenant aux groupes minoritaires, à les traiter à travers les mêmes préjugés et aussi violemment que les adultes ». Selon elle, Hamza a été progressivement privé de son statut d’enfant, « animalisé par la presse, puis diabolisé », dans un traitement médiatique « raciste » qui, estime-t-elle, « dépasse largement les faits eux-mêmes ».

Le moins qu’on puisse dire est que Salvator a émis un point de vue tranché sur la question, et bien éloigné de son champ d’expertise de l’eye-liner et des comédons. La vidéo a été retirée depuis, mais nous avons pu nous en procurer une sauvegarde.

Dans cette vidéo, en effet, Salvator relayait l’enregistrement d’une jeune femme affirmant « Hamza La Douane c’est la preuve que l’extrême-gauche veut être beaucoup trop tolérante que ce qu’il faut » (sic), et, loin de s’en démarquer, se disait choqué que « la France » ne puisse pas gérer « un merdeux de 14 ans qui fait chier le monde », une « cassocerie »…

"Hamza la douane doit être éduqué"

Mais il avait une solution :

« Tu lui fous deux tartes dans la gueule et c’est terminé », « l’éducation positive, ça marche pas, tu lui fous des tartes », « deux trois tartes, ça a jamais tué personne ».

Cette pensée profonde n’était pas seulement un coup de sang irréfléchi, car après avoir posté sa vidéo, Salvator a répondu avec les mêmes mots par écrit aux commentaires de ses followers.

capture d'écran des commentaires de la vidéo sur Instagram
capture d’écran des commentaires de la vidéo sur Instagram

Pour rappel, en France, depuis la loi de 2019 et surtout après un arrêt historique de la Cour de cassation du 14 janvier 2026, toute violence sur un mineur, même légère (claques, fessées, gifles), est interdite et tombe sous le coup du droit pénal. Il n’existe aucun « droit de correction » permettant aux parents (et encore moins à d’autres adultes) de justifier de tels actes.

Les violences commises sur un mineur de moins de 15 ans sont punies par l’article 222-13 du Code pénal : jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.

Par sa vidéo, Salvator appelait donc à la commission d’un délit. Sous prétexte de vouloir éduquer un ado, et de faire la leçon aux parents, il se posait lui-même en délinquant et en brute.

La vidéo ayant été retirée, on pouvait espérer que l’influenceur ait pris conscience de la mauvaise influence qu’il exerçait sur le public et ait compris après coup qu’aucune violence ne peut être éducative. Au contraire, Salvator a encore posté une vidéo se moquant des accusations de racisme ou de misogynie qui lui étaient faites sur les réseaux, arguant notamment qu’il subissait lui-même des attaques homophobes. Ces attaques sont condamnables, bien sûr, mais ne l’exonèrent en rien des propos réactionnaires et violents qu’il profère lui-même.

Charly le rac°°ste
Capture d’écran Instagram

Il y a quelques mois, le site Bon Pote avait déjà épinglé le même Salvator qui affirmait (entre autres stupidités) qu’en prenant l’avion pour Tokyo en première classe il finançait la transition écologique. Alors qu’on subit de plein fouet le dérèglement climatique avec une canicule sans précédent, quand le même influenceur qui se moque du climat appelle à la violence contre un enfant racisé érigé en symbole par toute la fachosphère, on est en droit de se demander si la peste brune ne se répand pas aussi dans le pays par de simples conseils maquillage anodins au premier abord. Un grand demake-up s’impose.

Les yeux au ciel

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